Les changements climatiques ont un caractère intangible. On ne comprend pas trop leur rapport avec notre vie de tous les jours. On se dit « à cause de la fonte des glaciers dans l’Arctique, les ours polaires sont en train de perdre leur habitat. Quel scandale ! ».  On se sent mal. Vite ! Faisons un don à une organisation caritative pour se soulager de ce malaise envahissant. Et puis après ? Ben après, rien de spécial. La vie continue.

Pourtant, on fait des choix de consommation contradictoires à un tel geste de soutien :

  • On roule quotidiennement dans un véhicule émetteur de gaz à effet de serre ( GES);
  • On habite loin de notre lieu de travail, ce qui fait en sorte que l’on roule encore plus longtemps avec un véhicule émetteur de GES;
  • On vit dans des maisons qui ne sont pas efficaces énergétiquement;
  • On achète 26 kilos de vêtements neufs chaque année et on en jette 23;
  • À la journée zéro déchet, dans les boîtes à lunch à l’école, on transvide le yogourt individuel dans un contenant lavable.
  • Etc.

Je pourrais continuer comme ça encore longtemps, vous comprenez l’idée. Nous ne faisons pas tout à la perfection. Comme tout le monde.

 

Trouvez l’erreur

Dans notre tête de femme accomplie on est verte. Pis pas seulement un peu verte. Très verte à part de cela. Par contre, malgré nos convictions profondes, il n’y a pas de lien tangible dans nos têtes entre l’habitat de l’ours polaire et nos vies. Comme il y a beaucoup de feux à éteindre dans le quotidien, l’urgence est tout simplement ailleurs…On éteint des feux.

Donc on se le répète, quasiment sur le pilote automatique « ben oui, ben oui, c’est important de s’occuper de la planète », mais quand on ne sent pas la catastrophe se pointer le bout du nez, pourquoi agir ? Il y a tellement de choses plus urgentes à régler : s’épanouir professionnellement, payer nos comptes, surveiller notre crédit, inscrire nos enfants à des activités pédagogiques, faire l’épicerie et cuisiner tous les jours. Bref, les obligations ne manquent pas. Pas étonnant qu’on n’ait plus d’espace mental pour sauver la planète  à la fin de la journée.

 

Reportons à plus tard

Penser à l’environnement, c’est un peu comme penser à notre retraite ou à nos besoins dans un futur lointain. On a beaucoup de difficultés à se projeter et on n’a tout simplement pas envie d’y penser. Alors on repousse le problème jusqu’à ce qu’il nous bouille sous le menton.

Par exemple, notre maison se fait inonder par des crues anormales de la rivière à proximité. On a un pied d’eau dans le sous-sol et le formulaire de réclamation aux assurances sous le bras. Même avec une telle manifestation concrète « dans la face » des changements climatiques, on ne change pas nos manières de faire. Changer c’est dur, ça ne se fait pas en criant « dégât ».

Si projeter notre propre vie dans le futur est difficile, imaginez comment projeter le sort de l’humanité au complet doit être pénible ? Vue comme ça, la physique quantique nous apparaît plus tangible, non ? À ce compte-là, aussi bien abandonner la capacité de l’être humain à réagir à un problème éminent.

 

Que puis-je faire maintenant? 

Pourtant, nous pouvons faire des choix maintenant qui auront un impact positif sur l’environnement, sans que cela ne vienne chambarder nos vies du tout au tout. Comme prendre les transports en commun lorsque l’on vit dans une ville où ceux-ci sont satisfaisants. On sauve temps, argent et on gagne une paix d’esprit en se divertissant au lieu de sacrer contre le festival des cônes oranges. De plus, si on a un service pourri de transport en commun dans notre ville ou s’il y a d’autres problèmes auxquels on doit s’attaquer, alors  on se plaint à notre député ! Plus votre député reçoit de plaintes, plus ça mettra du poids dans la balance, car votre député a besoin de votre appui. Rassemblez tout le quartier et écrivez-lui.

Vous avez du pouvoir et vous pouvez vous en servir maintenant. C’est ma prescription contre l’indifférence.


Qui est Anne-marie Legault ?

Environnementaliste passionnée depuis son adolescence, mère de deux garçons, blogueuse et plongeuse de Dumpster à ses heures,  Anne-Marie détient une maîtrise en sciences de l’environnement de l’UQÀM. Avec un intérêt incontournable pour la gestion, elle a occupé plusieurs postes à Equiterre et  aussi au Centre de recherches pour le développement international à Ottawa. Éternellement positive, elle est convaincue que les véritables changements de comportements sont possibles, car des petits miracles on en voit tous les jours.